COMMENT DÉVELOPPER SON SYSTÈME DE JEU AU TENNIS DE TABLE ?

Salut, c’est une question que l’on me pose souvent, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle est plus complexe qu’elle n’y paraît.

La première vraie question est : « qu’entends-tu pas “développer” ? »

Est-ce …

— Développer de nouveaux enchaînements techniques et tactiques que tu ne maîtrises pas pour progresser ?

— Développer de nouveaux enchaînements techniques et tactiques pour obtenir de nouvelles sensations et prendre un maximum de plaisir sans objectif sportif particulier ?

Cette deuxième option peut souvent vous amener à la première lorsque tout se passe bien.

Un vieil adage dit « Connais- toi toi-même » et c’est assez important pour savoir dans quelle direction tu dois orienter ton jeu, car le bruit ambiant autour de toi sera toujours présent.

Le premier problème pour toi consiste donc à bien définir ton système de jeu.

Si tu ne sais pas quel est ton système de jeu et que tu t’imagines être un joueur polyvalent, voici une question qui devrait certainement t’aider à te trouver :

Lorsque qu’il y a 9-9 au set décisif, penses-tu, dans 8 cas sur 10 :

— À servir court puis à prendre l’initiative ?

— À servir 2 rebonds ou long pour que l’adversaire attaque ?

— Peu importe, je vais gagner le point en allant m’installer 2 à 3 mètres de la table.

Tu vois où je veux en venir…

L’ATTAQUANT

C’est le système de jeu utilisé par 70 à 80 % des pongistes français. Il se caractérise par différentes attitudes, notamment par la prise d’initiative avant ton adversaire dans la grande majorité des points où tu prends l’ascendant dans l’échange. Cela ne veut absolument pas dire que tu n’as pas le droit de bloquer en premier volontairement ou de gagner les points avec de longues séquences de contres.

Mais lorsque tu te retrouves dans un moment décisif face à un adversaire plus fort, au moment où tu es à deux doigts de faire une bonne perf, tu as l’impression que, si tu n’attaques pas en premier, tes chances de gagner ces points se rapprochent de zéro. Et cela, peu importe la façon dont le point va réellement se dérouler. Si tu n’attaques pas en premier, tu le ressens comme une défaite personnelle : peu importe l’issue du point, c’est presque comme si tu avais un peu triché…

LE DÉFENSEUR

C’est le système de jeu utilisé par 5 à 15 % des pongistes français. Il se caractérise par la volonté de jouer et de gagner ses points à mi-distance. Il n’est pas du tout caractérisé — comme certains peuvent le croire — par le fait d’avoir un picot, un soft ou tout autre matériel « étrange ». Il n’est pas non plus caractérisé par le fait de faire de la défense coupée. Beaucoup de joueurs sont des défenseurs qui ramènent la balle haute ou à mi-hauteur et se déplacent sur plusieurs lignes de sol durant un échange.

Comme l’attaquant qui peut se retrouver à bloquer en cas de nécessité, le défenseur peut être amené à attaquer si la balle est très favorable ou si la situation l’impose. Il est généralement très patient et à toute confiance pour gagner les points à rallonge, avec une stratégie globale d’épuisement nerveux et technique de son adversaire.

LE CONTREUR

C’est le système également utilisé par 5 à 15 % des pongistes français. Il se caractérise par le fait de prendre le contrôle et de gagner les points en faisant volontairement attaquer l’adversaire avant soi.     Le contreur ne recule pas à plus d’un mètre lorsqu’il est en contre- initiative, il se déplace sur cette même ligne de sol jusqu’à ce que son adversaire fasse la faute ou lui redonne une balle favorable. Il adore mettre une pression en prenant la balle très tôt sur la table et prendre de vitesse son opposant.

Comme tous les pongistes, il peut attaquer en premier si la situation l’exige, mais il préfère trouver des solutions pour forcer l’attaque adverse dans de mauvaises conditions, et ce, même si son adversaire est plus faible que lui.

ET DONC ?

Une fois que tu as bien en tête ton véritable système de jeu, il convient pour toi de travailler pour l’amener au meilleur niveau possible et le plus vite possible. En tant qu’attaquant, être capable d’attaquer sur l’immense variété des balles de ton adversaire et de conclure les points doit faire partie de tes priorités absolues.

Tu peux rater un point ou un point décisif si ton l’adversaire a attaqué avant toi et pris l’ascendant, car contrer n’est pas « ton cœur de métier ». Mais ton niveau d’exécution lorsque tu utilises ton système de jeu doit devenir irréprochable ; en tout cas c’est le niveau d’espérance que tu dois viser pour t’en rapprocher un maximum (ce ne sera jamais parfait, bien sûr). RIEN NE DOIT T’ÉNERVER PLUS QUE DE PERDRE UN POINT OU TU AS POURTANT MIS EN PLACE TON SYSTÈME DE JEU AVANT L’ADVERSAIRE.

— JE N’Y ARRIVE TOUJOURS PAS…

Même en travaillant d’arrache-pied et avec toute l’implication qu’il faut, il y a certains enchaînements situations dans ton système de jeu qui te poseront toujours des problèmes.

À toi de les identifier et de te débrouiller pour que l’adversaire en face de toi ne mette jamais le doigt dessus. Il n’y a rien de plus frustrant, avec le même système de jeu et à niveau égal, de voir que ton adversaire te laisse attaquer pour te contrer, car il a trouvé l’un des seuls enchaînements où tu es ridiculement faible. Tes solutions tactiques se rapprochent à cet instant de zéro immédiatement, car comment imaginer gagner une rencontre si en utilisant son système de jeu, on se retrouve dominé ?

COPIER OU INNOVER ?

C’est l’une des observations les plus marrantes du tennis de table : tu n’as absolument pas besoin de posséder des dizaines et des dizaines d’enchaînements tactiques pour devenir un bon joueur.

Une fois que tu as 2-3 enchaînements qui fonctionnent, il existe deux mots incroyables pour progresser :

  • QUANTITÉ (AKA la balle doit aller sur la table)
  • QUALITÉ (AKA avec plus d’effet, un meilleur placement, plus de vitesse, etc.)

Cela peut paraître très étonnant, mais à mon meilleur niveau (numéroté 700), je n’avais que 3 enchaînements majeurs lorsque je contrôlais l’échange. Cela ne veut pas dire que je ne savais faire que cela. Mais ce sont les enchaînements qui me rapportaient le plus de points et sur lesquels j’avais le plus de sécurité.

On ne copie jamais vraiment, on voit quelque chose, on essaye de refaire le même geste et cela finit par donner un tout autre résultat. C’est réellement comme suivre une recette sans les quantités indiquées : la forme finale va ressembler à l’image du livre, mais ça n’aura jamais le même goût. 10 joueurs qui copient le même joueur vont créer 10 nouvelles versions, n’est-ce pas fun ?

Ce qu’il faut comprendre le plus rapidement possible, 99 % de ce qui va fonctionner à la table, tout le monde l’utilise mais personne exactement de la même manière. C’est la raison pour laquelle tous les jeux se ressemblent mais sont différends.

Je pense sincèrement que l’innovation est possible, mais elle requiert une dose d’attention extrême pour évaluer si le geste technique fourni est pertinent, non seulement pour le gain du point, mais aussi pour l’évolution future de son jeu.

Si tu essayes d’intégrer uniquement des enchaînements surprenants, tu risques de ne jamais atteindre le niveau technique nécessaire pour en acquérir la maîtrise. Tu dois donc composer ton jeu sur la base d’au moins 85 % de gestes techniques ordinaires et le reste avec des placements et des effets inattendus.

NE PAS S’ARRÊTER

Dès lors que tu as conscience de ton système de jeu, je t’encourage vivement à t’y plonger pour aller le plus loin possible. À l’intérieur de chaque système, il existe des milliers de systèmes atypiques, car nous sommes tous bel et bien UNIQUES. La particularitéde mon système d’attaquant est l’équilibre de mon jeu et j’ai toujours travaillé dur pour faire progresser tous les compartiments de mon jeu en même temps. À l’inverse, mon meilleur ami a un coup droit dévastateur et il a poussé son système de jeu en ce sens en devenant toujours plus fort en coup droit tout en acceptant de rester moyen en revers.

Mais lorsque nous jouons, notre priorité sur les points décisifs est toujours d’essayer de prendre l’initiative avant l’autre, car nos chances de gagner le point augmentent considérablement si nous réussissons à attaquer.

Nos jeux ont bien sûr évolué, les enchaînements sur lesquels nous nous reposions étant jeunes également. Mais nous n’avons jamais perdu de vue notre « cœur de métier », car dans tous ces moments difficiles, c’est bien en se recentrant sur les fondations de ton jeu que tu peux produire un tennis de table de bonne qualité.

UNE DIFFÉRENCE FONDAMENTALE

C’est lorsque tu parviens à maîtriser le lift que ton système de jeu commence à se dessiner. Si ton adversaire et toi restez bloqués en poussette sur poussette près de la table, sur toute la table, aucun système de jeu ne se dégage vraiment.

 À partir du moment où l’un des deux joueurs va attaquer avec un top spin, certains vont reculer (défenseur ou attaquant en difficultés), d’autres vont contrer (premier bloc sans trop reculer et je fais bouger l’autre). En poussette au tennis de table, la seule certitude pour gagner le point réside dans le fait d’affronter un joueur débutant.

C’est lorsque la balle liftée fait son apparition dans un échange que l’on découvre le niveau réel de l’adversaire en face de soi. C’est pour cela que — peu importe ton système — tu dois devenir un architecte pour non seulement gérer cette balle liftée dans les meilleures conditions possible, mais également en maîtriser le maximum de versions pour progresser.

LE CHOIX

Beaucoup trop de joueurs subissent leur système de jeu comme s’ils n’y pouvaient rien. Tu n’auras bien sûr pas toujours les mêmes opportunités selon ton âge, ton poids, ta morphologie, ta structure d’entraînement.

Mais ce que tu DOIS DÉCIDER, c’est la façon intime avec laquelle tu veux jouer…

Peu importe ce que racontent les pongistes autour de toi : si tu es à l’aise avec le tennis de table que tu produis et que tu obtiens des résultats, personne mieux que toi ne sera à même de t’indiquer la bonne direction pour définir ton jeu. Car tu es le seul à ressentir les sensations lorsque tu touches la balle.

Ta technique n’est pas conventionnelle ? Il n’y a aucune obligation qu’elle le soit, tant que tes balles ont un ratio qualité/régularité en ta faveur.

PROGRESSER SANS SYSTÈME

OUI, OUI, OUI, il y a des tonnes de joueurs qui progresse en faisant un peu de tout sur les points décisifs et qui arrive même à des classements assez avancés type 15-16. Tu les vois, tu les connais, ils peuvent servir court puis attaquer, servir long et bloquer ou servir long et reculer de 3 mètres pour faire de la défense de point et tout cela sur des points décisifs.

Maintenant, quand on regarde dans les détails, ces joueurs ont souvent commencé jeunes et ont eu le luxe d’apprendre la technique avec un gros volume d’entraînement en profitant aussi de leur belle condition physique.

Je trouve cela toujours dommage, car en empruntant A FOND l’un de ces systèmes, je suis convaincu que leurs résultats seraient bien meilleurs.

C’est nettement plus compliqué et à mon sentiment déraisonnable d’essayer de gagner les points décisifs de 3 ou 4 façons différentes. En «  maîtriser » ne serait-ce qu’une seule requiert déjà toute une vie d’apprentissage.

JE PING DONC JE SUIS

JONAS MITONGA

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