COMMENT TRAVERSER UN PÉRIODE DIFFICILE AU TENNIS DE TABLE?

« Il y a une différence entre connaître le chemin et arpenter le chemin »

Morphéus

Salut !, Au tennis de table, il arrivera forcément un moment où tu te retrouveras fatalement  dans un période compliquée. Et quoique tu fasses pour t’améliorer à ce moment-là, tu ne pourras que constater une baisse inquiétante de ton niveau de pongiste. . Le pire dans cette situation, c’est  de te retrouver au milieu de cette zone de turbulence alors que tu n’as absolument  rien changé à la routine qui t’a conduit jusqu’à ton niveau actuel.

Je tiens toutefois à préciser que si tu n’as pas au moins cinq années de tennis de table derrière toi, tu n’as pas eu encore le temps d’expérimenter ni de vivre la multiplicité des innombrables phases que va connaître ta carrière de pongiste.

J’ai moi-même connu une période dans ma carrière de pongiste, une série de défaites sévères qui m’a fait perdre tous mes repères.

Cela s’est produit en 2008-2009, au moment où, pour la première fois, j’étais enfin parvenu à me classer  numéro un de mon club,  avec un score aux alentours de 1920-1930 points. Jusqu’ici, tout s’était parfaitement déroulé, j’augmentais mon score d’à peu près  100 points par an et mon objectif, non… Mon rêve, celui d’être un jour  classé 600ème devenait de plus en plus palpable, de plus en plus tangible.

Et c’est à cet instant précis que « les emmerdes » ont commencé. Du jour au lendemain, je n’arrivais plus à rien, – je précise que je n’ai toujours pas identifié à ce jour  la ou les causes réelles qui ont provoqué cela… – Je m’entraînais exactement de la même façon (d’après mes souvenirs), j’exécutais mes services de la même manière,  mais lorsque mon adversaire  effectuait sa remise dans mon revers, je poussai….

Ou alors, lorsque je top spinnais et que la balle revenait dans mon revers, je ne savais absolument plus comment la jouer …. PAS LA  MOINDRE IDÉE ! Évidemment, les contres n’ont pas tardé à devenir monnaie courante et pour la première fois depuis que je tiens une raquette, je sentais réellement que j’étais nettement moins bon que mon classement officiel. Ce qui s’est traduit par une perte sèche de 50 points à la fin de la première phase.

« Voyons Jonas, tu ne me feras pas croire que tu ne savais plus jouer… »

Je n’irais pas jusque-là mais il est vrai qu’en très peu de temps, j’ai absolument perdu  toute cette belle confiance, accumulée  durant ces dures années de labeur. Bien sûr, j’ai tenté  des tonnes de modifications, tant techniques que tactiques, telles que pousser, bloquer, pivoter, arrondir la trajectoire de la première balle, rentrer plus fort…. RIEN NE MARCHAIT…… Et même en matches d’entraînement, je perdais absolument contre tout le monde (ceux de même niveau que moi à peu près,  évidemment).

Au début de la seconde phase, j’ai donc décidé de me recentrer sur l’essentiel et de repartir de la base pour retrouver cette confiance :

MON SERVICE, le seul geste technique que je maîtrise à 100 % au tennis de table. J’ai pris une solution radicale, et je me suis mis à servir  en le revers à chaque fois.

Avant cela, je servais exclusivement en  service rentrant ou latéral du bord gauche de la table (en tant que droitier bien sûr).

Si auparavant, je n’avais jamais vraiment utilisé ce service de revers , ce n’est pas dû au hasard. C’est tout simplement que je ne l’avais jamais bien senti, je n’arrivais pas à le faire long. Je considérais à cette époque qu’il fallait obligatoirement avoir une variation en profondeur pour exploiter  ce service au mieux. A ce moment-là, je me suis dit  qu’il fallait que je me replace  en face de la table pour mieux enchaîner après mon service, sinon je ne m’en sortirais jamais.

Honnêtement, ces six mois furent les plus durs de ma carrière, j’ai eu un mal fou à gagner toutes sortes de matches. Je n’ai pas fait une seule perf’ sur toute cette période, je n’ai pas réussi non plus à obtenir ce service long de qualité avec mon service de revers. Malgré toutes mes tentatives, je devais me résoudre à effectuer ce service  court uniquement en match officiel, et après avoir encaissé de fortes attaques.

Ce qui conduisait mon adversaire à produire des remises de très bonne qualité. Ce qui me donnait à moi encore plus de mal pour m’imposer.. Que mon adversaire soit bon ou moins bon ne changeait rien, j’avais un mal fou à le battre. J’ai fini cette année sportive en perdant encore un peu de points, je crois que je m’en souviendrai toute ma vie :  1872 points au compteur en juin 2009.

Puis l’été est passé…

Le résultat de ces six mois passés à n’utiliser pratiquement que mon service de revers n’était pas extraordinaire, loin de là. J’ai donc tout bonnement décidé de reprendre mon service latéral et rentrant pour cette nouvelle saison.  Et là, BOOM, je me suis retrouvé incisif,  confiant,  jouant de mieux en mieux, séance après séance. Mes résultats étaient incroyables, je progressais à chaque coup de raquette, j’étais redevenu dur à jouer pour mes adversaires. QUEL PLAISIR !

Et le mieux,, c’est que j’ai réalisé ce qui reste encore à ce jour, l’une des plus belles phases de ma carrière : 1995-96 points à la fin de la première phase en décembre 2009.

« QUOI, c’est tout ? Pas d’entraînement spécifique au panier, pas de changement de plaques, pas de changement de club, pas de préparation physique pendant l’été ? »

Non, non et encore non. J’AI FAIT CONFIANCE À MA ROUTINE,  et toute la mécanique s’est remise en marche. .

Un entraînement chaque lundi (2h)

Un grosse séance de match chaque mardi (3-4h)

Un grosse séance de match chaque jeudi (3-4h)

Pour être complètement honnête, il s’est tout de  même produit un événement majeur durant l’été.

Mon meilleur ami (pongiste également) est revenu de quelques temps passés dans le sud de la France et bien sûr, nos classements avaient évolué exactement de la même façon durant nos années d’éloignement géographique  (compétition, quand tu nous tiens hihi…).

Ce qui m’a permis de retrouver une saine concurrence « à la maison », et, a posteriori, je pense également  que ma motivation était bien aiguisée et entretenue par ce duel de compétiteurs que nous étions, animés par cette même ambition :

devenir le premier joueur numéroté formé dans notre club

Pour le reste, j’ai suivi exactement les mêmes schémas que j’appliquais déjà durant toutes mes années de progression. Sauf qu’à partir de ma reprise,  j’avais enfin une réponse à apporter contre mon adversaire et ce, à chaque point joué. Je trouve aussi que ma progression  mentale durant cette année difficile fut certainement la plus importante jamais réalisée dans ma carrière. C’est cette progression qui me permet, encore aujourd’hui, et surtout dans les moments compliqués, de garder la sérénité nécessaire pour donner un tennis de table de bonne qualité.

QUAND TU N’Y ARRIVES PLUS

L’erreur numéro un est de changer ses plaques de raquette, en pensant que cela va résoudre tous tes problèmes.

Dans une situation difficile où tes résultats ne sont vraiment pas bon, le premier réflexe est de se  chercher des excuses.

« Allez, j’en ai marre, je passe à la boutique ce samedi et je prends deux tenergys pour envoyer des parpaings »

Evidemment, rien ne se passe comme prévu, passés les premiers matches où les sensations sont surdéveloppées par l’utilisation d’un nouveau matériel. Tu te rends compte que ton problème s’est juste déplacé d’endroit, tu mets effectivement plus d’effet au service, mais tu manques de maîtrise en remise de balle et en bloc.

Et comme tu es dans une période difficile et en manque de résultats, tu hésites à revenir à ton ancien matériel, ne voulant surtout pas admettre après coup que tu as juste fait une erreur. Tu préfères donc mourir avec tes idées au lieu de revenir immédiatement à ton ancien matériel et travailler réellement sur une solution adaptée.

Si tu éprouves le besoin de changer une ou deux de tes plaques, fais-le lorsque tout va bien. Cela ne modifiera absolument pas ta courbe de progression, car ta confiance et tes sensations seront suffisantes pour gérer ce changement.

La deuxième erreur est de se penser plus résistant à la pression que n’importe quel autre être humain, et donc de se fixer des objectifs à court terme avec des implications définitives, par exemple :

« Si je descends d’une division sur le prochain tour de critérium, j’arrête les indiv’ »

« Si je perds ce joueur sur le prochain match de championnat par équipe, je réduis mon nombre de compétitions »

« Si je redescends à tel ou tel classement, j’arrête le ping-pong »

Évidemment, en prenant ce type de décision, en pensant que tes malheurs actuels sont dus à un manque de motivation, la pression sur tes épaules est tellement importante qu’il t’est impossible de sortir la tête de l’eau.  De même, il est extrêmement naïf de ta part de penser qu’il suffit de mettre en jeu quelque chose de significatif pour que ton niveau de jeu redevienne conforme à ce qu’il était.

*Descendre en indiv’ ne fait plaisir à personne, mais c’est la règle ultime qui récompense ou qui punit, qui te fait monter quand tu es bon, ou redescendre  quand tu es mauvais (je simplifie un peu)

*Ton nombre de compétitions et de rencontres dans l’année est un facteur important à maintenir absolument car si tu  réduis ce nombre de matches, tu réduis d’autant  le nombre d’opportunité qui te seront offertes pour essayer de t’améliorer et de mieux jouer. Tu risques donc de rester embourbé dans cette période compliquée encore plus longtemps que la normale, voire de ne jamais plus en sortir. On ne peut pas compenser son nombre de matches officiels par des matches d’entraînement pour rebâtir sa confiance.

*Il n’y a évidemment aucune honte à perdre sa place au classement ou à redescendre, mais en faisant ce genre de déclaration, on déclare ouvertement que l’on n’est plus prêt à faire des efforts pour conserver ou retrouver son meilleur niveau au tennis de table.

Et malgré cela, on souhaite conserver le meilleur dernier classement de sa carrière le plus élevé possible, comme si cela avait une quelconque importance, une fois la raquette rangée définitivement du sac.

TROIS PETITS TOURS ET PUIS S’EN VONT

La première solution que je préconise est l’ajout d’un entraînement sur une période d’au moins quatre à six mois.  Si tu n’as pas d’entraînement dirigé dans ton club ou si il ne te convient pas, prend les choses en main.

J’ai deux joueurs adultes dans mon club qui ont choisi ne plus participer aux entraînements mis à leur disposition pour progresser. En revanche, ils réalisent à chaque présence à la salle depuis un an et demi, au moins 30 à 45 minutes d’exercices avant de faire des matches.

Résultat : nous avons observé pour chacun une formidable progression cette année. On ne le dira jamais assez, en tant qu’éducateur « ton meilleur entraîneur c’est toi »:

Aujourd’hui, c’est la solution que je mettrais en place en priorité. Je reconnais qu’à l’époque, hormis mon changement technique, je suis  plutôt resté passif sur beaucoup  d’autres aspects.

La deuxième solution que je préconise est de se recentrer un maximum à la table sur son « corps de métier technique ».  Qu’est-ce que je veux dire par là ?

Si tu es attaquant, je garderai les mêmes services que d’habitude, en les faisant courts pour obtenir un maximum de remises longues, puis j’essaierai de prendre l’initiative dès la première remise.

Il faut garder  en tête la prétention et la volonté de remplir tous ces objectifs un par un, le plus rapidement possible, pour retrouver mon niveau de jeu :

  • 1er  top spin sur la table lorsque c’est revenu (8 /10)
  • + avec de l’effet (8/10)
  • + avec de la profondeur (8/10)
  • + enchaîner un deuxième top spin revers ou coup droit (8/10)
  • + petit à petit, réintégrer de plus en plus de services longs pour retrouver l’intégralité de son système

 Le reste du jeu suivra, il l’a toujours fait….Il le fera toujours…

Je ne réutiliserai certainement plus jamais une solution aussi radicale, soit celle de servir uniquement avec un service que je ne maîtrise pas totalement.

La troisième solution que je préconise est sans doute extrême et très dangereuse, mais elle peut peut-être te convenir. Il s’agit de faire une coupure complète, d’au moins un mois, sans toucher la raquette… Pas d’entraînement, pas de compétitions.

L’objectif est de recharger tes batteries, de se vider complètement la tête, de faire un véritable RESET de la saison sportive. C’est  souvent très difficile, surtout si tu en plein milieu de la saison sportive et que les rencontres s’enchaînent.

Si tu prends cette décision, tes partenaires de club  pourront le percevoir  comme une décision égoïste de ta part, ce qui l’est un peu, évidemment,  mais il ne faut jamais oublier qu’au tennis de table, nous ne brillons collectivement que si nous brillons individuellement. Et qu’une sale période, mal gérée, amène beaucoup trop de pongistes a tout  arrêter purement et simplement car ils n’ont jamais trouvé  de solution adéquate pour rebondir et repartir vers l’avant.

Mais cette coupure peut également être le seul moyen pour toi, à ce moment précis, pour oublier tout ce qui ne va pas dans ton jeu. Et repartir jusqu’à la fin de la phase avec un autre état d’esprit, en étant beaucoup plus conquérant, beaucoup plus déterminé, beaucoup plus positif.

Le principal risque étant que tu reviennes évidemment en n’ayant plus la forme physique et un peu en dehors de toutes sensations techniques. Tu auras juste rajouté un nouveau problème technique et tactique à tout ce qui était déjà présent auparavant. Cela rendra encore plus difficile les tentatives pour te sortir du gouffre dans lequel tu es tombé depuis plusieurs mois.

Cette solution, quoique  la plus radicale, est paradoxalement la plus adaptée aux joueurs les plus motivés. Pourquoi ?… Parce qu’il faut une réelle volonté pour arrêter de jouer au ping-pong, du jour au lendemain,  pendant un mois , sans craquer. Et en ayant l’intime conviction par ailleurs que c’est la meilleure solution pour arriver à redonner un tennis de table de bonne qualité.

Jonas Mitonga

« Je ping, donc je suis. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.