MENTAL VS EMOTION

Tous les pongistes ont un bon mental, très peu savent gérer leurs émotions. En effet, il faut être un peu dingue pour, en tant qu’adulte, ne pas avoir abandonné le tennis de table lorsque l’on a compris à quel point notre discipline est compliquée.

J’exclue volontairement les enfants de ce propos, lorsque l’on est enfant, on a de façon générale assez peu d’à priori sur les sports, hormis ceux qui devraient être pratiqués par les femmes et par les hommes (cela a complètement évolué d’ailleurs avec des milliers de petites filles inscrites au foot ou au rugby). On est attiré par un ou plusieurs sports en particulier et on s’investit selon l’amusement et l’épanouissement provoqués par les premières incursions dans l’activité.

POURQUOI TOUS LES PONGISTES ONT  DU MENTAL ?

J’appelle cela « le choc », tous ceux qui jouent au tennis depuis plus d’une année l’ont déjà oublié.

Cet entrain, cet engagement, ces premières gouttes de sueurs qui arrivent après les 15 minutes du premier entrainement. Cet énorme coup de fatigue à la fin de l’entrainement ….

 «  Et dire qu’il ne durait qu’une heure et demi »

 «  Jérôme m’avait bien dit que c’était intense physiquement mais je n’y croyais pas trop »

« C’était un peu bizarre la manière dont il faut fléchir les jambes et se pencher en avant  chaque début de balle »

« Je suis motivé pour me remettre au sport mais j’aimerais bien pouvoir me détendre un peu en pratiquant »

« J’aurai juré qu’avec mon niveau acquis depuis le lycée, je n’aurai pas eu de mal à me défaire de tous ces vieux papys qui bouge à peine ; je n’ai rien compris à ce qui s’est passé et je n’ai même pas l’impression qu’il ait forcé pour me battre »

«  Et les jeunes ont l’air encore plus terrible, la balle va si vite, il saute de partout, cela va à deux milles à l’heure »

« C’était quand même cool  j’essayerai d’y retourner mercredi prochain »

Et le mercredi d’après arrive…….

« Je me suis levé tôt, j’ai eu une grosse journée, j’irai la semaine prochaine promis… »

Une pensée intérieure qui n’a pas besoin de grands efforts pour surgir, pour ne pas avoir à donner les vraies raisons. Ces vraies raisons pour lesquelles on ne remettra plus jamais les pieds dans ce club de tennis de table malgré la bienveillance et la sympathie des gens rencontrés.

« J’ai commencé le tennis de table l’année dernière mais après une ou deux séances où tout le monde me défonçait, j’ai abandonné car j’ai compris qu’il allait falloir que je travaille dur pour gagner des matchs même contre des vieillards et des gosses » (je force le trait un peu ^^)

Avez-vous déjà rencontré quelqu’un qui vous a dit une phrase pareille ?

Bien sûr que non, personne, ni vous ni moi n’aimons parler de nos échecs. Pour la majorité de ces adultes, ils se satisferont de leur niveau convenable et bien paraître lors des tournois du camping ou lors des soirées barbecues entre amis (histoire vraie ^^).

Toutes ces réflexions arrivent dès le premier mois dans l’esprit de nombreux débutants lors de leur arrivée en club. Le choc après cette révélation due en partie à l’image de notre sport dans la société. Un sport qui est accessible, familial et qui parait très facile. Une fois confrontée à la dure réalité du tennis de table, les nouveaux pratiquants dans leur grande majorité abandonnent ne voulant pas se remettre en question.

Tout à coup, en seulement quelques semaines, passer du statut dans son esprit de « je me débrouillerais bien même contre un pongiste de club » à « je suis un vrai débutant et j’ai tout à apprendre » demande un effort mental.

Le moment où tu te rends compte, à quel point tu as pu paraitre ridicule, qu’à chaque fois que tu as croisé un pongiste dans un diner, à une soirée et que tu lui as demandé de faire un set en étant sûr d’être compétitif. Evidemment très gêné, tous les pongistes que tu as croisés te regardent avec un petit sourire mais ne relèvent jamais ton défi. Ils savent très bien que tu n’as aucune chance et que cela n’amènerait à rien de t’humilier devant les gens pour te prouver que tu as tort.

Gérer cette première petite honte d’avoir cru un sport si facile et retourner s’entrainer dur pour véritablement découvrir le tennis de table demande une réelle force MENTALE.

C’est la raison PRINCIPALE pour laquelle je soutiens que tous les pongistes ont du mental car tous les pongistes adultes, et qui ont commencés à l’âge adulte bien sûr, ont dû affronter cette réalité et la dépasser. Mais ce n’est pas la seule…

TOUT CA POUR CA

Une fois passé cette 1ère étape, tu fais donc parti de ceux que la difficulté technique et athlétique que demande le tennis de table a stimulé et excité à la fois. Maintenant, semaine après semaine tu vas t’entrainer et tu découvres rapidement les meilleurs joueurs de ton club.

Après quelques discussions autour d’une bonne bière fraiche* après l’entrainement, tu remarques vite que la majorité des compétiteurs, peu importe leur niveau, jouent au tennis de table depuis longtemps …très longtemps.

8 ans pour Jérôme, 17 pour Phillipe, 35 pour J-F,

Et que tous les meilleurs joueurs ne le sont pas devenus en seulement 2 ou 3 ans mais souvent au terme et à minima d’une bonne dizaine d’année, si ce n’est plus. En répétant encore et encore le même schéma, entrainement (pour ceux qui ont cette chance), match d’entrainement (jouer sans vrai pression, quel bonheur), et les matchs officiels (on aimerait parfois qu’il n’y est que ceux -là si on n’avait pas autant envie de progresser).

Pour beaucoup de gens, le simple fait de se rendre compte de l’investissement en temps et en énergie qu’il faut déployer pour ne serait-ce qu’avoir une chance d’atteindre leur meilleur niveau est complètement paralysant. Et malgré cela tu restes motivé et impliqué. Tu as hâte d’aller au prochain entrainement ou à la prochaine compétition. Tu ne sais pas si tu joueras encore dans quelques années et donc si les efforts que tu produis aujourd’hui prendront encore plus de relief dans 2 ou 3 ans.

Le simple fait de prendre du plaisir aujourd’hui te suffit amplement. Ta capacité à apprécier la gratification immédiate est aussi puissante et motivante que l’espérance de ta progression future.

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle tous les pongistes ont du mental…

LA PRECISION DU GESTE

Peu importe le classement où tu es actuellement en lisant ces lignes, tu en a forcément bavé pour progresser.

Combien de services coupés renvoyés dans le bas du filet avant même de comprendre ce qui se passe ?

Combien de fois tu penses que tu as finalement compris comment jouer un certain type de balle et le match suivant, tu le perds pratiquement uniquement là-dessus ?

Et malgré cela tu t’es accroché, bagarré, encouragé pour acquérir le minimum technique nécessaire. Puis tu as commencé à réellement développer tes capacités. Enfin ton classement a évolué vers l’avant de façon durable et concrète, fini les retours à 500 points à chaque début de phase. Plus d’excuses, plus d’échappatoire, tu dois être bon tout le temps peu importe ton état de fatigue ou ton humeur et tu adores ça.

Jouer au tennis de table en tant que compétiteur nous fait ressentir et expérimenter une variété d’émotions pendant un laps de temps très court.

Qui n’est jamais passé d’un moment d’euphorie, enchaîner 5 points gagnants pour se retrouver à 8-3, puis perdre le set 11-9 avec une frustration personnelle monumentale.

N’importe quelle personne qui n’aime pas sortir de sa zone de confort fuirait au plus vite ce type de sensations….Et pourtant on aime ça, et pourtant on en redemande.

Lorsque tu es un pongiste, tu as du mental car il est tellement plus facile, d’aller pratiquer un sport où tu n’es jamais responsable de la défaite de ton équipe (le foot par exemple, j’adore le foot mais soyons réaliste^^).

Peu importe ce qu’on pense de toi, TA FICHE FFTT NE MENT PAS, autant de responsabilités dans chaque victoire que dans chaque défaite.

GERER SES EMOTIONS

Lorsque tu es pongiste, tu vas en baver des millions de fois. Tu vas faire de véritables efforts techniques, physiques et pourtant tu ne seras pas toujours récompensé par le gain immédiat du point.

Chaque émotion que tu ne vas pas comprendre et que tu vas mal maitriser peut t’amener à la catastrophe. Il ne faut pas être froid et clinique mais apprendre à exploiter chaque émotion dans les meilleurs moments possibles.

C’est plus que normal et OK d’être en colère si tu rates ton début de match, si tu n’es pas impliqué et que cette colère (qui t’est destinée) n’est qu’une piqure de rappel pour te BOUGER LES FESSES.

En revanche, si tu laisses cette colère t’amener vers le chemin de « l’excusite aigue », des mauvais choix en cascades vont arriver, suivis très rapidement par Melle FRUSTRATION et Mr REGRETS….

A mon sens la frustration est l’émotion prédominante au tennis de table. A chaque fois que tu vas rater une balle très favorable (très souvent, trop souvent). A chaque fois que tu vas rater un geste technique que tu maitrises vraiment, ta frustration va être massive. Plus le point sera important pour la victoire finale, plus la maitrise de tes émotions sera un facteur clé pour te permettre de gagner les points suivants.

 Si tu ne te maitrises  pas, si tu ne réussis pas à TOUJOURS trouver un angle positif à tes actions. Dans certains cas, cela va t’énerver et tu vas pester/ râler contre tout et tout le monde. Cela va rendre ton tennis de table encore plus mauvais qu’il ne l’était, car oui cela a un impact direct sur ton niveau de jeu.

Tu devras dans beaucoup de situations faire preuve de courage :

« 9-8, mince j’ai bien joué la balle d’avant mais elle ne sort que de très peu »

« Si je ne n’attaque pas en premier, cela risque d’être compliqué pour gagner le point »

« Et en même temps, il n’est pas irréprochable sur les attaques sur balles coupées »

« Je n’ai pas le service mais si elle revient en poussette dans mon revers, il faut que je fasse le 1er démarrage pour augmenter mes chances de gagner le point »

Tu vas également avoir très souvent peur, pas physiquement bien sûr, lorsque ton adversaire va être en total contrôle de la partie. Tu vas constamment vouloir remettre très durement, servir plus court que court et coupé que coupé. Tu as tellement peur de jouer le moindre point que ton nombre de fautes directes explose et cela facilite encore plus le travail de ton adversaire.

Lorsque cela t’arrive, prends trois grandes inspirations et réfléchis calmement. Il y aura toujours pour toi une opportunité de revenir assez rapidement à égalité. Si tu trouves une ou deux remises légèrement différentes de ce que tu proposais, une remise longue au milieu au lieu du revers ou un service un peu moins coupé et un peu plus au milieu de table qu’avant.

Les solutions pour revenir dans une partie et l’emporter sont toujours multiples. Lorsque tu as l’impression que peu importe ce que tu feras l’adversaire va marquer le point. Cela veut dire non seulement que tu as arrêté de chercher de nouvelles solutions mais également que tu ne les applique pas assez bien et assez longtemps pour amener ton opposant à la faute.

ETRE NUL (PARFOIS) C’EST NORMAL

Au tennis de table, être nul c’est tout à fait normal et tu dois, si ce n’est pas encore le cas très vite l’accepter. Lorsque tu vas être dans une courbe de progression constante, cela ne t’arrivera jamais bien souvent et bien longtemps par rapport aux autres joueurs. Et à cause de cela, tu peux difficilement comprendre ce qui t’arrive lorsque ton évolution va ralentir.

Tu vas, de plus en plus souvent  TE TROUVER NUL mais pourtant, les objectifs n’auront absolument pas changé. TU DOIS TOUJOURS TE DEBROUILLER POUR BATTRE L’ADVERSAIRE EN FACE DE TOI. Il y  a deux attitudes distinctes dans ces moments-là …

Le joueur qui va de plus en plus souvent s’énerver, s’agacer de la situation, ne comprenant pas que ce n’est qu’une étape dans sa carrière. Il se met ainsi des boulets aux pieds, s’imaginant que les meilleurs joueurs qu’il observe ne traversent jamais de périodes de turbulences et que leur niveau de jeu général leur permet de tout surmonter….juste parce qu’ils ont une meilleur technique que lui….

Le joueur qui va commencer à mettre en place des routines, des schémas de jeu légèrement différents pour ce type de situation. Il a compris que peu importe l’entrainement, la volonté et la détermination parfois on joue mal. Certaines fois on joue même très très mal mais il faut savoir en tirer le meilleur et « limiter la casse ». Il sait qu’en rendant une copie convenable malgré des conditions difficiles, il fait un pas en avant dans la bonne direction et que son niveau de jeu affiché ce jour-ci sera bientôt un lointain souvenir.

GERER LA PEUR 

Il existe plusieurs types de peurs que tu rencontres au tennis de table, certaines sont fondées d’autres infondées, certaines entre les deux … et cela peut varier considérablement tout au long d’une rencontre.

La première peur fondée vient tout simplement à la découverte du classement de ton adversaire.

« 350 point de plus de moi, ça va être chaud »

« Il va falloir que je fasse le match de ma vie pour le battre, que je ne fasse aucune faute bête, que je lui envoie mon gros top coup droit dès le départ »

Evidemment il y a de fortes chances, pour réussir à battre un adversaire qui a 200-250 points de plus que nous, de devoir faire un « gros match ». Mais cela nous amène également souvent sur des peurs et des réactions infondées. Ces peurs nous poussent à imaginer une victoire avec comme seul contenu, un tennis de table parfait sans grosses fautes, sans rater aucune balle facile, en servant et remettant parfaitement bien tout au long de la partie.

Bien sûr qu’il faudra une bonne quantité de balles de bonnes qualités. Il ne faut jamais oublier que le tennis de table est un sport de duel et que ton opposant va également faire des erreurs grossières. Le joueur en face de toi va avoir une pression « monstre » sur ses épaules s’il n’arrive pas à se détacher de toi avant la fin de chaque set.

L’envie première chez la majorité des pongistes est de tenter de se mettre au niveau de son adversaire. On va essayer des gestes techniques beaucoup trop compliqués pour nous. On va dramatiser si on rate un premier top spin même si la balle n’était pas favorable. On va chercher à abréger les échanges comme si on ne pouvait pas légitimement dominer notre adversaire avec notre système de jeu.

La bonne attitude consiste à essayer de mettre en place ton système de jeu EXACTEMENT  de la même façon que contre un joueur plus faible ou de ton niveau. Et seulement, si le joueur en face de toi n’arrive pas à élever son système de jeu. Tu auras l’opportunité d’arracher un set puis un deuxième et enfin l’occasion d’aller gagner cette rencontre.

C’est normal d’avoir un peu d’appréhension lorsque tu joues un pongiste réellement supérieur à toi. Il faut garder sa maitrise pour forcer l’adversaire à véritablement élever son niveau de jeu et surtout pas lui « mâcher » le travail en forçant sur chaque balle.

Cette peur fondée sur le classement de l’adversaire est bien sûr légitime car tout pongiste sait à quel point il est compliqué de performer contre un joueur bien plus fort que soi. Et en même temps complètement infondée car tant que tu n’as pas joué le moindre échange, vous partez à égalité. Mais surtout, tu n’as absolument rien à craindre et TOUT A GAGNER.

La deuxième peur fondée arrive contre des adversaires de tout niveau. Lorsque tu n’arrives pas à remettre efficacement les services de ton adversaire. Avec pour conséquence, beaucoup trop de fautes directes ou des balles si faciles que l’adversaire marque le point en un deux ou trois coups de raquettes. Il a tellement de marge que même avec une petite erreur de sa part de temps de temps, sa domination ne fait aucun doute.

Ses tops spins arrivent vite, sa balle est bien placée, dès que tu touches la balle en remise tu es déjà en train de reculer en prévision de l’attaque à venir. A un moment donné, tu te laisses dominer par cette peur, tu ne recherches plus à construire ton point à partir d’une bonne remise. Tu essayes par tous les moyens de redonner une balle dure en remise, en général tu échoues et la victoire sourit à ton adversaire. Mais quelquefois ton exécution technique suit et tu parviens à retrouver de l’équilibre et de la confiance sur le service adverse. C’EST BON, TU AS TA CHANCE …

La bonne attitude consiste à également obtenir une telle domination sur ton service. Cela sera beaucoup plus facile car tu en as la pleine maîtrise. Une fois cette action effectuée, tu pourras plus sereinement chercher des solutions techniques qui t’amènent à partager les points derrière le service adverse.

JE SUIS BIEN CLASSE, JE SAIS ME GERER ?

Savoir gérer ses émotions, n’est en aucun cas un privilège des meilleurs joueurs. Les joueurs vont atteindre parfois des classements assez avancés sans se maitriser particulièrement bien.

Le niveau des joueurs dépend de tellement de facteurs qui ne sont pas propres à la personnalité de l’individu mais plutôt à son environnement, à sa motivation, à ses prédispositions sportives, à l’âge de départ etc…..

Je vois des tonnes de joueurs qui savent parfaitement gérer leurs émotions malgré un classement « jugé » faible. Et au contraire des joueurs incapables de se raisonner dans des moments importants malgré un bagage technique et une expérience bien supérieure.

Tous les pongistes sont touchés par un manque de lucidité lorsque tu es pleinement impliqué dans une rencontre. C’est la raison pour laquelle même les joueurs professionnels ont un coach sur le banc pour les aider à remettre les choses en ordre entre chaque set. Tout l’enjeu consiste à faire preuve de maturité et donc de vérité sur ce que tu ressens à la table pour en tirer le meilleur.

JE PING DONC JE SUIS

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JONAS MITONGA

2 commentaires sur « MENTAL VS EMOTION »

  • Super, c’est la première fois que je lis des choses pareils et j’en suis ravi, cela me détend beaucoup par rapport à la suite. Bien écrit, très bon contenu, merci !

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